Il y a un petit moment que cela me travaille : je voulais faire une catégorie pour les souvenirs de voyage. Mais plutôt que de faire une traditionnelle galerie de photos (ça viendra peut-être par la suite !) où on voit moi en train de poser devant la Tour Eiffel, et puis là c’est moi devant le Taj Mahal, et là on voit pas bien mais c’est moi en plongée avec Corge Glooney, bref, plutôt que cette approche là, j’avais plutôt envie de jeter des évocations de souvenirs ou sensations qui m’avaient marquée à un moment donné; faire en quelque sorte un haïku blogguistique…
L’autre jour, j’ai repensé à cette étonnante rencontre au Caire, en 2004. Ma tendre moitié était en année sabbatique et je l’avais rejointe en Egypte pour un mois. On avait décidé de faire le pays du Nord au Sud, et après Alexandrie (j’adore le nom arabe de cette ville : « Al Iskendreia ») on a naturellement passé un peu de temps dans la Capitale. Depuis que j’avais lu il y a très, très longtemps l’ouvrage ci-contre, je rêvais de voir les pyramides, le musée du Caire, le Nil, bref d’appréhender cette ville extraordinaire et mythique.
Et voilà qu’un jour en se rendant dur côté de Zamalek, au milieu d’un carrefour on tombe sur un monsieur assez âgé, tout maigre, un peu édenté et dans des habits passablement misérables. Il nous avait entendu parler et nous sort sans le moindre accent : « Etes-vous français ? » Un peu surpris, on lui répond que non, nous sommes Suisses, et lui nous dit que d’entrendre du français lui rappelait sa jeunesse, car il avait étudié à la Sorbonne ! Ne savant pas si c’est du lard ou du cochon (ce qui est toujours délicat en pays musulman !), on suppose qu’il s’agit d’un mendiant et on fait mine de lui donner quelques billets. Mais il ne les prend pas tout de suite, il semble même un peu surpris au début. Il nous dit ensuite merci et nous souhaite un bon séjour. J’ai eu l’impression qu’il avait simplement envie de parler en Français.
Je me demande quel a dû être le parcours de cet homme qui a étudié dans une des plus prestigieuses université du monde occidental, et qui se retrouve à 60 ou 70 ans quasi en mendiant, à repérer les touristes francophones pour pratiquer la langue de Molière.
